Road-trip & trail : sur les traces de Sir Fingal Erskine en Ecosse

Vers Glen Etive, sans James Bond ©T.Hanley

Nous avons le trail-running ? Les Britanniques avaient le fell-running*. Et depuis des siècles, la Perfide Albion enfante des champions. Par monts et tourbières, ils courent droit. Or, on raconte qu’en Écosse vivrait encore le plus grand. De 1938 à 1991, Sir Fingal Erskine devint un mythe. Depuis, plus rien. Et puis en avril 2021, on l’aperçoit. Notre roadtrip-trail était né. Durant trois semaines d’enquête en traversant l’Écosse, nous avons pisté le Fell-Runner Alpha. “Looking for Fingal”, d’un Highland à l’autre.

La Réunion, 28°C. Dans un mois, la COP26 à Glasgow. Englué dans la chose tropicale, j’hésite. D’un côté, finir le rougail et arrêter d’y penser. De l’autre, ne faire qu’y penser. Deux ans d’attente, sept trips annulés, l’Écosse restait porte close. Bo’Jo, Manu, merci pour la diplo-baston mais j’ai enfin mon vol. Et bon sang, je relis la dépêche de BBC Alba : à peine 6 mois. On l’aurait aperçu il y a 6 mois… Mon royaume pour un choc thermique, et pour retrouver le pays qui m’a conquis il y a 25 ans. Écosse, terrestre ou marine, depuis deux ans tu manques.

Et voici que la légende réapparait en avril 2021 : lui, on l’a vu à Kinlochleven. Démarche bancale mais cette foulée signature : immense. Impossible ? L’homme tape le centenaire. Sa dernière apparition en 2004 avait fait grand bruit. Ultra trailer patenté, Shane O. se souvenait à la BBC : « Ça ne pouvait être lui. Pourtant, là, face à nous, le short usé, le même col roulé jaune. Et puis ce pas de géant. Gandalf et Marco Olmo. Il n’a rien dit, mais ce sourire : aucun doute, c’était Fingal. Ça n’a duré qu’une minute, nous l’avons vu partir vers le col. Plus personne n’a parlé jusqu’au retour ». Ça tombe bien, j’avais envie de marquer un grand coup carbone. 10 300 km plein nord, Edinburgh, siège d’Easycampers** : « Teddy, garde-moi un camping-car, j’arrive dans 48h. 3 semaines, oui. Pour commencer ».

Glen Coe, paradis des heures longues ©Alexis Berg

Sur la piste de Fingal : roadtrip panoramique

L’automne était une évidence, car il est une célébration écossaise. Retrouvailles et immersion en beauté pure, me voici une fois de plus cul par-dessus kilt (ou l’inverse). J’en pleurerais, alors Teddy flegmatise. « Respire, Pal, ta route va être fabuleuse. C’est la plus belle période. Et tu seras pile dans le vrai. Mais tu le savais déjà, hein… ». 19 jours, mon âme scott crie sa bi-nationalité rêvée. « Mais qu’est-ce que tu cherches, au juste, Pal ? ». Ou plutôt qui : un fantôme vivant, et mon plus beau prétexte à pénétrer les identités écossaises. Terres, gens. De témoins en témoins, l’histoire de Fingal me guidera depuis son berceau jusque sur ses itinéraires.

un climat d’Everest et le fief de compétitions mythiques


Caolasnacon, automne en feu ©Julien Gilleron

Le pays est petit mais la boucle boulimique : d’Est en Ouest, je passe d’un Highland à l’autre, du Parc National des Cairngorns jusqu’à Fort William. Fingal serait né à Aberdeen : depuis Edinburgh, mon copain le van et moi plongerons plein nord dans le Speyside et ses scotchs, avant de couler le long de la Spey vers Aviemore et Spean Bridge. Impossible qu’il n’y soit pas passé, il nous faudra pousser à Inverness, en longeant le Canal Calédonien. Enfin, les fées montagnardes de l’Est aideront peut-être : cap aux Glen Nevis, Coe, Etive, et Leven, là où l’homme a été aperçu en 2021.

Des vallées et des bosses aux sentes incalculables, un climat d’Everest et le fief de compétitions mythiques ; Ben Nevis Race, Skyline Scotland et autres, la course en montagne y vibre – sauce Highlander. À peine le temps de scruter les Trossachs, il faudra rentrer fissa, mais un contact me disait d’aller questionner Mull…Aurai-je le temps ? Teddy m’arrête : « à gauche, hein, Pal ? Sûr qu’après 43h de voyage, tu tiendras le coup cette nuit ? Quoi qu’il arrive, tiens-moi au courant. Ton histoire, c’est la mienne, Pal. Enjoy…et si tu ne le trouves pas, rencontre-les tous. C’est le but, Pal. Rencontre-nous ! ». Nuit tombée, rocade d’Edinburgh, dormir plus tard. Sir Erskine, vous me tiendrez compagnie. Au fait, qui êtes-vous ? Présentations.

La suite dans l’épisode 2 à venir…

©Julien Gilleron

À LIRE  
Jean-Philippe Lefief, La folle histoire du trail, Paulsen, 2018. Incontournable pour celui qui doute. De la poule ou de l’œuf, qui pour avoir créé le fell-running ? Malcolm III au XIe siècle ?
Sonja Delzongle, Sur l’Île Noire, Paulsen, 2021. L’auteure de polars punchy se fait ambianceuse scottish, livrant un roman-enquête autour du Loch Ness. Et beaucoup, beaucoup d’autres choses. Inverness, embruns et sublime noirceur, la lumière est…partout. A l’écossaise : insaisissable.

VOYAGER  
Visit Scotland : oui, l’Office du Tourisme écossais est une bijouterie. Luxe d’informations UTILES et passionnées. Qui pour savoir qu’à 350 miles de la pierre X sise au croisement Y, se trouve un singletrack de 200 yards où brille le soleil de 15h48 ? Visit Scotland. Amoureux d’Écosse, vous n’êtes plus seuls. Merci, Mrs Sarah Lachhab et consorts. Réactifs ? Au-delà. Le site de l’OT en français ici

ROULER  
** Si la culture Roadtrip est marquée au Royaume-Uni, l’Écosse y est un paradis, offrant grands espaces et liberté de stationnement. Pionniers en la matière, la famille Hanley a créé Easycampers avec la flamme routarde…et une forte dose libertaire. Défendez la cause, ou retrouvez l’âme du Grand Ride. Teddy ou Claire ne poussent pas au crime. C’est plutôt l’inverse : prévoir un vol retour open. 

*Fell-running : littéralement « course de colline », dans l’acception britannique de « fell » signifiant petit sommet, montagne. Terme principalement rencontré en Angleterre, probablement autour de Lake District, évoquant une épreuve sportive consistant à monter le plus simplement possible un relief – en courant. Par opposition au « trail », issu de sa définition anglo-saxonne : « sentier », chemin. Le fell-running s’est ainsi développé dans les années 1960/1970, demeure attaché au territoire britannique, et constitue une conception de la course en nature authentique. En gros : azimut, boue, pluie ou froid, nul besoin de hautes Alpes pourvu qu’on ait le cap.

 

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